Ce qu’Olmert pourrait dire

Thème : Initiative arabe

Ha’aretz
mis en ligne le 27 mars 2007
par Nazir Majali

"L’initiative arabe ne devrait pas poser de problème à Israël, même sur la question des réfugiés", écrit Nazir Majali, qui souffle à Olmert ce qu’il aurait dû dire aux dirigeants arabes réunis à Riyad pour discuter de cette initiative.

Ha’aretz, 27 mars 2007

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Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Le travail que consacre la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice à l’avancement du processus de paix, tout bienvenu qu’il soit, symbolise, plus que tout, l’absence d’initiative au niveau local, sans parler du désespoir et peut-être du manque d’envie d’avancer.

Le premier ministre Ehoud Olmert n’aurait pas dû attendre que Rice traverse l’océan pour forcer les deux parties à retrouver un peu de bon sens. Il aurait dû s’adresser directement aux dirigeants arabes réunis à Riyad, leur souhaiter des débats productifs et de la réussite dans leurs travaux pour le bien de leurs nations, et réagir positivement à leur initiative de paix.

Etant donné qu’ils traitent aujourd’hui de la question de la paix, et que la paix pour les Arabes est liée à la paix pour Israël, les deux côtés ont les mêmes intérêts. Olmert aurait dû s’adresser à eux et dire que nous avons connu trop de guerres, et qu’il est temps d’éduquer nos enfants d’une autre manière : en termes d’humanité, pour nous-mêmes et pour les autres.

Après chaque guerre, les gens des deux côtés se demandent : Pendant combien de temps allons-nous rêver que nos fils deviennent des héros de guerre ? Tout véritable patriote, juif ou arabe, aimerait que chaque enfant, dans sa propre nation, devienne un savant renommé, un artiste créatif, un homme d’affaires qui réussit, un brillant philosophe, un médecin qui sauve des vies, ou un membre de toute autre profession qui fait avancer l’humanité, et non un combattant décoré mort au champ de bataille.

Bien sûr, ce sont de grands mots, mais ils doivent être accompagnés d’un plan d’action. L’initiative de paix arabe, formulée par l’Arabie saoudite et adoptée au sommet de Beyrouth [1], est aujourd’hui sur la table des dirigeants arabes. Elle pourrait servir de base raisonnable et efficace pour résoudre le conflit israélo-arabe, en particulier le conflit israélo-palestinien, que ces dirigeants considèrent comme plus important que tout autre problème. Plus important encore, c’est une bonne base pour parvenir à une paix globale entre Israël et les pays arabes.

L’initiative arabe ne devrait pas poser de problème à Israël, même sur la question des réfugiés, car elle donne à Israël un droit de veto, et qu’aucune solution ne sera acceptée sans son accord. Les Arabes en général, et les Palestiniens en particulier, sont profondément inquiets de la réaction d’Israël sur cette question. Ils sont convaincus qu’Israël, pour le moins, ne comprend pas le problème. Et ils voient également la manière dédaigneuse qu’a Israël de le traiter.

Donc, qu’est-ce qui empêcherait Olmert d’atténuer ces craintes en disant : "Je ressens de la compassion pour les réfugiés. Ces gens et leurs familles ont assez souffert. Nous tous devons trouver une vraie solution à leur problème. Et nous, comme tous ceux qui ont eu une part dans la création de ce problème, sommes prêts à participer à une groupe de travail arabe et international chargé de trouver des solutions."

Olmert pourrait également profiter de cette occasion pour dire que les Arabes, eux aussi, doivent comprendre que cette question pose un problème aux Juifs, et leur demander de trouver une solution qui respecte aussi cette sensibilité des Juifs.

"Notre nation a été persécutée pendant plus de 2.000 ans, et nous n’avons toujours pas atteint notre havre de paix", pourrait leur dire Olmert. Et il pourrait ajouter : "Je ne vous cacherai pas que vous, les Arabes, bien que vous n’ayez pas traité les Juifs comme l’Occident l’a fait, vous non plus, vous ne nous faites pas sentir plus en sécurité. Nous entendons les déclarations pleines de haine, nous voyons les attentats suicides, et nous ne pouvons pas rester indifférents."

"Je crois que si nous agissons ensemble, dans un désir sincère de libérer nos nations du fardeau de ce conflit, nous pouvons trouver des solutions à tous nous problèmes. Après tout, c’est notre devoir en tant que dirigeants de nos peuples", pourrait-il dire enfin.

Il serait naïf de croire que pareille approche apporterait la paix, mais elle créerait sans aucun doute une atmosphère différente, dont nous avons tous besoin pour commencer à travailler.