BD égyptienne : des superhéros du Moyen Orient se battent pour la paix et la justice

Thème : Initiatives de coopération et de coexistence Culture, langue et conflit Enfants, jeunesse, éducation

Jerusalem Post
mis en ligne le 1er juin 2005
par Orly Halpern

Une Batwoman "moyen-orientale" pour la paix, la justice, l’écologie et l’égalité entre les sexes. D’origine égyptienne. Et d’autres superhéros encore...

sur le site du Jerusalem Post

Jerusalem Post, 29 mai 2005

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Dans la vie de tous les jours, elle est le Dr Ansam Dajani, physicienne nucléaire. Mais en cas de problème, elle devient Jalila : superbe, intelligente et douée de pouvoirs paranormaux. A 16 ans, elle a été exposée à l’"explosion de Dimondona" [1], d’où elle a tiré ses pouvoirs extraordinaires.

En cas de danger, elle retire ses vêtements et révèle un body moulant, une ample poitrine et un crochet efficace. Sa mission : protéger la Cité de Toutes les Croyances des forces destructrices qui veulent s’en emparer.

Bonjour dans le monde de AK Comics, une société égyptienne créatrice des seuls superhéros du Moyen Orient.

Jalila, Zein, Rakan et Aya combattent le Mal et encouragent la paix et la non-violence dans la région.

L’année dernière, les BD sortaient, en arabe et en anglais, et apportaient à la jeunesse arabe ses propres modèles.

Mais ses créateurs ont une autre ambition : la paix avec Israël. Le mois dernier, la société cairote envoyait 50 exemplaires de la BD à une école juive religieuse d’Israël, qui avait passé la commande pour aider à enseigner l’arabe.

"Nous essayons d’être un pont entre les pays de la région", dit Marwan el-Nashar, PDG de la société. Voilà pourquoi nous nous appelons "superhéros du Moyen Orient", et non "superhéros arabes". Dans son bureau du Caire, au 14ème étage, Nashar affirme avoir été ravi par la commande venue d’Israël. Il en a fait cadeau à l’école.

Pour sa part, Margalit Hay, qui enseigne l’arabe à l’école "Reout" à Jérusalem, de la 5ème à la seconde, veut enseigner la tolérance envers les Arabes. "Je voulais que mes gamins voient que les enfants en Egypte ont eux aussi des BD. L’idée était plutôt de leur montrer que les enfants, là-bas, ne sont pas si différents de nous".

"Hay m’a appelé quand elle les a reçues et m’a dit : ’nous sommes en train de les accrocher au mur’. C’était vraiment excitant", se souvient Nashar, qui raconte aussi que trois rabbins américains sont abonnés à la BD. Il montre un email du rabbin Manhoff, de San Leandro en Californie, qui le remercie des efforts de AK Comics en faveur de la paix au Moyen Orient et demande un abonnement.

En dehors de contribuer à la paix, le but du Dr Ayman Kandeel, 38 ans, le créateur des superhéros, était de fournir à la jeunesse arabe un modèle de leur cru. Kandeel n’avait connu que des superhéros américains et européens traduits en arabe. Batman était son favori. "Depuis que j’ai 9 ans, je rêve de créer un superhéro arabe", dit ce professeur d’économie de l’université du Caire à l’allure branchée.

Jalila la volante, Rakan le manieur de sabre, Zein l’immortel et Aya la super détective donnent aux gamins du Moyen Orient des modèles non-violents, anti-crime, non-macho et écologistes. Et leur religion n’est jamais révélée. A l’intérieur de la BD, on trouve cet avertissement : "le passé religieux des héros reste secret, pour qu’aucune religion ne soient perçue comme meilleure qu’une autre".

"C’est une bonne manière de diffuser un message", dit Nashar. "Une fois qu’on est devenu fan d’un personnage, on restera fan, quoi que fera le personnage". Jalila est la plus forte des quatre. "Nous sommes très attentifs à l’égalité hommes-femmes, et avec Jalila, nous abordons des problèmes sociétaux et des images négatives qui ont cours aussi bien à Jérusalem que dans le reste de la région, la drogue, la monoparentalité et l’appartenance à des groupes extrémistes."

Les parents de Jalila étaient physiciens nucléaires et ont été tués lors d’une explosion nucléaire. Elle a hérité de leurs connaissances, et est devenue responsable de ses deux jeunes frères, l’un accro à la drogue et l’autre membre d’une organisation terroriste. Elle tente de leur montrer le droit chemin. "Elle prouve que les femmes sont capables de gérer le stress de la vie". Mais l’histoire de Jalila porte aussi un message politique : sa mission est de protéger la Cité de toutes les Croyances de l’Armée de Zios et du Front Uni de Libération, des forces extrémistes qui se battent pour son contrôle.

Pourtant, après avoir lu les BD, Margalit Hay n’a pas compris qu’il s’agissait de Tsahal, de l’OLP et de Jérusalem. "Je n’ai rien vu de politique, ni les gamins, mais nous ne cherchions pas cela. Je suis sûre qu’on peut y trouver plein d’autres choses. Pour moi, ce ne sont que des BD. Je les utilise pour montrer ce que nous avons en commun, et les gamins les adorent".

Pourtant, Nashar dit qu’ils envisagent de changer le nom d’Armée de Zios en Brigades de Xenos : "des médias et certaines personnes nous ont dit que c’était de l’antisémitisme. Pourtant, je pense que c’est assez équilibré, nous parlons aussi de l’OLP".

Zein est le personnage qu’avait imaginé Kandeel dans son enfance. Il appartient à un empire hi-tech et écologique, et doit ses pouvoirs à sa proximité avec la nature. Il va également devenir le premier superhéro à passer à la télévision. AK Comics est en train de produire une série animée égyptienne. "C’est là que commence le vrai business. Il faut vendre des millions de copies de BD papier pour faire des bénéfices", dit Nashar.

"Nous aimerions beaucoup que la série passe à la télévision israélienne", dit-il, en ajoutant que le fait de travailler avec Israël est aujourd’hui "bien accepté", en particulier depuis la signature des accords commerciaux sur le gaz et le libre-échange entre les deux pays. "Les Egyptiens ne sont plus ce qu’ils étaient, et nous nous dirigeons vraiment vers une relation plus adulte avec Israël".

AK Comics diffuse 7.000 exemplaires en arabe et 5.000 en anglais, en Egypte et dans le Golfe, plus 10.000 versions en noir et blanc pour les petits budgets. Un exemplaire couleur vaut 75 c d’euros, et 15 c en noir et blanc

L’année prochaine, il se pourrait que Margalit Hay puisse les acheter au kiosque du coin. "Nous voulons vraiment travailler avec Israël", dit Nashar. "Nous comptons diffuser en Israël et en Palestine dans un an". D’après Nashar, la version disponible en Israël pourrait même être en hébreu.