Avec Amir Peretz, le Parti travailliste est de retour

Thème : Politique intérieure israélienne

Ha’aretz
mis en ligne le 10 novembre 2005
par Daniel Ben Simon

contre toute attente, Amir Peretz a remporté les élections internes au Parti travailliste en battant Shimon Peres. Curieusement, cette élection s’est déroulée pendant les cérémonies à la mémoire d’Itzhak Rabin. Peretz a clairement revendiqué son héritage. Devant la tombe d’Itzhak Rabin, Amir Peretz a souligné que la recherche d’un accord de paix avec les Palestiniens serait sa principale priorité : "je suis venu ici pour faire le serment à Rabin, une fois encore, de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour poursuivre dans la voie qu’il a tracée, et tout faire pour que son assassin sache qu’il a échoué à assassiner la paix".]

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Ha’aretz, 10 novembre 2005

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

L’élection d’Amir Peretz [à la présidence du Parti travailliste] a secoué le système politique et pourrait marquer le début d’une nouvelle ère. Le grand vainqueur est le Parti travailliste, ne serait-ce qu’à cause de la capacité de Peretz à attirer à lui des secteurs qui depuis de nombreuses années sont inaccessibles au parti.

Le profil personnel de Peretz est presque identique à celui de millions d’Israéliens immigrés en Israël ou nés après sa création : fils d’immigrants marocains, élevé dans une ville de développement du sud, il est parvenu à la position qu’il occupe grâce à un labeur incessant. Ironie de l’histoire, ce sont les nouveaux immigrants des années 50 et 60 qui votaient travailliste et faisaient la force du parti face à la droite, dirigée à l’époque par Menahem Begin. L’arrivée au pouvoir du Likoud, en 1977, a détourné les classes défavorisées du Parti travailliste, qui depuis lors se traîne derrière le Likoud.

Il se pourrait que Peretz symbolise pour les populations exclues de la société le fait que le Parti travailliste peut devenir leur maison politique au sens où, si lui, Peretz, a pu grimper jusqu’au sommet, elles aussi le peuvent. Le fait qu’il ait grimpé l’échelle politique pour en arriver à la tête du Parti travailliste, traditionnellement considéré comme un bastion conservateur et ashkénaze, est une bonne nouvelle pour le parti. Il est possible que, parmi ces populations exclues, nombreux soient ceux qui abandonneront le Likoud ou le Shas [ultra orthodoxe] pour rejoindre Peretz.

Peretz va aussi bénéficier de ses positions sur l’économie, qui cherchent à réduire le fossé entre pauvres et possédants. En dix ans, Israël est devenu la société la plus socialement polarisée du monde occidental, et il a le taux de pauvreté le plus important chez les personnes âgées. Peretz a annoncé son intention de relever le salaire minimum, et d’insister sur le rôle de l’Etat en tant qu’aide aux plus défavorisés. En ce sens, il est un pionnier du retour à la politique de l’Etat-providence, politique particulièrement mise à mal ces dernières années sous les gouvernements Likoud.

De plus, la victoire de Peretz pourrait provoquer un changement des priorités de l’Etat. Le temps est révolu où des ex-généraux dirigeants du Likoud comme des travaillistes dictaient un ordre du jour où tous les aspects de la vie étaient subordonnés aux questions militaro-politiques. Le système politique a été dominé par d’anciens généraux, ce qui en a profondément modifié la nature. Et Peretz constitue une menace pour l’hégémonie des militaires si crûment mise à jour quand le député travailliste Danny Yatom s’est ouvertement moqué du non-passé militaire d’Amir Peretz. [1]

Le Parti travailliste ne pouvait espérer meilleure issue. Peretz pourrait annoncer une ère nouvelle pour le Parti travailliste, qui le ferait sortir de l’isolement dont il souffre depuis l’accession au pouvoir du Likoud en 1977. Le Parti travailliste fait de nouveau partie du jeu.