Ha’aretz, 27 février 2007

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Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant


40 ans après la guerre des Six jours, l’attitude des Palestiniens à l’égard de l’Etat d’Israël est devenue très claire : il est possible et nécessaire de parvenir à un accord de coexistence avec Israël sur la base des frontières de 1967. Les Israéliens qui pensent qu’il est possible de parvenir un accord avec les Palestiniens qui comprendrait l’annexion de blocs de colonies en Cisjordanie, ou qui laisserait Jérusalem Est sous souveraineté israélienne se font des illusions. Depuis les dizaines d’années qu’a duré l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, pas une seule voix palestinienne ne s’est élevée pour réclamer moins que cela. Bien sûr, il y en a eu pour demander davantage, et encore aujourd’hui, certains souhaitent la destruction totale d’Israël, mais aucun Palestinien ne sera d’accord pour laisser Israël annexer ne serait-ce qu’un millimètre carré au-delà de la ligne Verte.

Si l’on peut parler de force de cette position palestinienne, c’est du fait qu’elle jouit d’un consensus public total. Mises à part quelques rares exceptions, tous les Palestiniens adhèrent à la position selon laquelle l’Etat palestinien sera créé dans les frontières de 1967, avec Jérusalem Est pour capitale. Bien sûr, on peut parler de différences entre les approches politiques du Fatah et du Hamas et de profonds fossés idéologiques. La direction n’est prête, en aucune circonstance, à reconnaître Israël, contrairement au Fatah. Mais on peut considérer cela comme des différences de principe sans grandes conséquences pratiques.

Le Fatah est prêt à conclure un accord de paix, alors que le Hamas n’est prêt qu’à un cessez-le-feu à long terme. Faut-il en faire toute une histoire? Nous avons de très bons accords avec l’Egypte et la Jordanie alors qu’en pratique, ils ne sont pas beaucoup plus que des accords de cessez-le-feu. Et de façon générale, le calme règne sur les frontières entre Israël et la Palestine. Cela s’appelle un cessez-le-feu et non une paix, et pas un seul Israélien ne s’en plaindra.

Réfléchissons à tout cela à la lumière des gros efforts de Mahmoud Abbas, et plus encore de Khaled Mesh’al, le dirigeant du Hamas, pour convaincre le monde entier que l’accord de La Mecque sur un gouvernement d’union nationale constitue un tournant historique. Mesh’al, qui doit arriver aujourd’hui à Moscou, a déclaré au Caire que l’accord de La Mecque était « un message de paix à l’intention de la région tout entière. » Il a appelé les Etats-Unis et l’Europe à reconnaître l’existence d’une nouvelle Palestine née à La Mecque, et a parlé d’un Etat palestinien qui devait être créé dans les frontières de 1967. Bien que Mesh’al doive également se rendre à Téhéran cette semaine, les dirigeants palestiniens parlent aujourd’hui d’un Hamas qui se rapproche du monde arabe, et de tensions et de soupçons entre l’Iran et le Hamas, tout cela suite à l’accord de La Mecque.

Le consensus palestinien vis-à-vis d’un accord dans les frontières de 1967 est largement renforcé par la position arabe. Un sommet arabo-espagnol où participaient des représentants de 19 Etats arabes, s’est tenu à Madrid ce week-end. L’annonce qui en a résulté a confirmé la décision du sommet arabe concernant les questions de la paix, de la normalisation et de la création de relations diplomatiques pleines et entières entre les Arabes et Israël, après un retrait d’Israël sur les frontières de 1967. Il semble que l’opinion palestinienne considère que cela est possible. A la suite de l’annonce de Madrid, un journaliste de Jérusalem Est a dit que s’il y avait 22 ambassades arabes à Jérusalem Ouest, il était certain que la paix serait stable.

Ce qui gâche cette image optimiste, c’est le problème des réfugiés et du droit au retour. Mais il s’agit d’un problème relativement mineur, si l’on considère la situation d’Israël depuis 1967, qui nous empêche ne serait-ce que de penser à un éventuel retour à la ligne Verte, en particulier à Jérusalem.