Ariel Sharon exige des "changements rapides" à Hebron

Thème : Sharon : quelles intentions, quelle politique ? Hébron

Ha’aretz
mis en ligne le 18 novembre 2002
par Aluf Benn, Gideon Alon

Pour Sharon, il existe une "fenêtre" pour créer dans les prochaines 48 heures une zone "compacte" de continuité territoriale entre Kiryat Arba et l’enclave juive au coeur de Hebron, cette continuité englobant le caveau des Patriarches. Pour des "raisons politiques et opérationnelles", Israel doit agir vite. Une opportunité s’est presentée, et il faut créer des faits accomplis" dans les prochaines 48 heures".

Ha’aretz, 17 novembre 2002

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Le Premier ministre Ariel Sharon a dit hier qu’il existait une "fenêtre" pour créer dans les prochaines 48 heures une zone "compacte" de continuité territoriale entre Kiryat Arba et l’enclave juive au coeur de Hebron, cette continuité englobant le caveau des Patriarches.

Inspectant les lieux de la bataille de vendredi soir, au cours de laquelle neuf soldats israéliens et trois officiers de sécurité de Kiryat Arba ont été tués dans une embuscade du Jihad islamique, Sharon a dit aux responsables de la défense (dont le ministre de la défense Shaul Mofaz et le chef d’état-major Moshe Yaalon), qu’ils devaient réexaminer sa proposition de "continuité territoriale" comprenant Kiryat Arba et l’enclave juive de Hebron.

A l’origine, Sharon avait presenté cette proposition alors que le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahou, négociait un redéploiement de Hebron, en 1996. "Quand je l’ai proposée, ils m’ont fait dévaler l’escalier", a-t-il dit hier. Mais aujourd’hui, il pense qu’il faut entreprendre un réajustement sur Hebron, "en regardant des années en avant", et créer une zone juive "compacte", avec une faible population arabe. Selon lui, le secteur contrôlé par Israël pourrait concerner environ 2.000 Arabes, au lieu des 20.000 vivant actuellement sous contrôle israélien sur la base des accords de Wye Plantation de janvier 1997.

Selon le plan du Premier ministre, la zone juive s’étendrait depuis Kiryat Arba jusque Tel Rumeida et Beit Hadassah, et inclurait les anciens cimetières karaïte et séfarade. Cela créerait une continuité territoriale entre Kiryat Arba et le caveau des Patriarches, qui passerait à travers la casbah Est. Les accords concernant l’accès des juifs et des musulmans au caveau ne seraient pas affectés. La zone juive serait entourée par un mur. Selon le plan de Sharon, les Palestiniens qui resteraient à l’intérieur du secteur juif pourraient entrer et sortir par les portes de l’enceinte, mais il n’y aurait aucun projet commercial arabe dans l’enceinte de la zone juive.

Pour Sharon, il n’y a aucune raison pour qu’il y ait une présence palestinienne importante dans la ville de Hebron sous contrôle israélien. Sa proposition n’affecte pas les opérations actuelles de l’armée dans la ville. Il a ordonné à l’armée de poursuivre ses opérations, "en fonction des besoins de sécurité, et sans limitations".

Sharon a dit que, pour des "raisons politiques et opérationnelles, Israël doit agir vite. Une opportunité s’est présentée, et il faut créer des faits accomplis dans les prochaines 48 heures".

Il a aussi défendu son plan de continuité territoriale lors de la réunion du cabinet, hier. En réponse à une proposition du ministre du logement, Nathan Sharansky, de rompre l’accord de Hebron, Sharon a dit : "il est clair aujourd’hui que l’accord de Hebron est nul et non avenu. De toute façon, il n’a pas été appliqué, et n’a aucune signification."

Plusieurs ministres ont noté que, malgré l’atmosphère lourde qui régnait après le bain de sang de vendredi, Sharon et Netanyahou ont encore profité de l’occasion pour s’attaquer mutuellement. Alors que Netanyahou disait que la bataille de vendredi soir était un "massacre" (terme que le ministère des Affaires étrangères a employé dès vendredi soir pour décrire le "meurtre de sang froid de fidèles juifs"), Sharon l’interrompit en disant : "Je suis désolé, mais il faut que nous soyons crédibles. Les soldats sont tombés au combat, et il n’y a pas eu de massacre."

Comme d’habitude, depuis que Netanyahou s’est joint au cabinet, la question de l’expulsion de Yasser Arafat a été soulevée, après un exposé de Yaalon. Le chef d’état-major a dit qu’Arafat contrecarrait toutes les tentatives de calmer les territoires et d’obtenir un cessez-le-feu.

Si c’est le cas, a dit Netanyahou, il serait facile d’expliquer pourquoi nous l’expulsons, et s’il est expulsé, le pouvoir d’Arafat disparaîtrait. Il a appelé le gouvernement à modifier sa politique à l’égard des centres de commandement du terrorisme, en passant de l’usure a l’élimination, en s’emparant de tous les territoires, en les nettoyant, puis en s’en retirant après la construction de la clôture de separation.

Sharon l’interrompit, en disant qu’Israël ne pouvait ignorer les résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies, et que tous les responsables des services de renseignement s’opposent à l’expulsion d’Arafat. Il dit que l’élimination de l’Autorité palestinienne exigerait une mobilisation massive des réservistes. "La situation ne se résoudra pas par des slogans", dit-il à Netanyahou, qui repondit, "il ne s’agit pas de slogans, mais de principes, et de vies à sauver."

Sharansky a réclamé une densification de la présence juive entre Kiryat Arba et le quartier juif de Hebron. Il a dit que son ministère étudiait un plan détaillé, qui comprendrait des expropriations de Palestiniens, qui seraient dûment indemnisés.

Le ministre du tourisme Itzhak Levy a dit qu’il avait ordonné à son ministère d’accélérer les préparations concernant un "chemin de promenade touristique" entre Kiryat Arba et le caveau des Patriarches, et que son directeur général, lui-meme résidant à Kiryat Arba, serait à Hebron pour finaliser les derniers détails.

Mofaz a dit aux ministres que "l’armée contrôle totalement Hebron. Nous avons imposé un couvre-feu, fermé la ville, démoli les maisons des terroristes et arrêté plus de 30 hommes recherchés. Nous avons aussi parlé aux Americains, en leur demandant de faire pression sur la Syrie, qui abrite les centres de commandement terroristes palestiniens."