Amos Oz : Le choix qui s’offre aux Israéliens

Thème : Politique intérieure israélienne Abbas pour partenaire ? Camp de la paix israélien

Yedioth A’haronoth
mis en ligne le 21 mars 2006
par Amos Oz

le choix qu’auront à faire les Israéliens : soit garder les yeux ouverts avec le Meretz et reprendre le dialogue avec les Palestiniens modérés, "partenaires naturels", soit s’enterrer dans une "mentalité de bunker", avec le Likoud ou Kadima. Malheureusement, il est plus que probable que le Meretz n’aura que très peu de sièges

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Yediot Aharonot, 19 mars 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Quelle est la différence entre Ehoud Olmert et Benjamin Netanyahou ? Tous les deux prétendent qu’il n’y a pas de partenaire à qui parler du côté palestinien, et tous les deux sont de solides partisans des mesures unilatérales imposées par Israël aux Palestiniens.

Olmert dit qu’Israël doit fixer lui-même ses frontières, sans que le monde extérieur n’interfère. Netanyahou dit qu’Israël doit continuer l’occupation et l’agression partout dans les territoires, sans que le monde extérieur n’interfère.

Rechercher les modérés

Le parti Meretz nous offre une autre option : tenter de renforcer les éléments modérés au sein des Palestiniens, ceux qui sont regroupés autour du Président, négocier avec eux et signer avec eux des accords.

Un tel accord, dit le Meretz, modifierait fondamentalement l’équilibre des forces du côté palestinien et ferait pencher la balance en faveur des modérés. Si Sharon, au lieu de s’être retiré unilatéralement de Gaza, avait effectué le même retrait dans le cadre d’un accord avec Mahmoud Abbas, celui-ci aurait gagné une immense popularité dans la rue palestinienne et la victoire du Hamas aux élections aurait été évitée.

Aujourd’hui aussi, nous ferions bien de garder à l’esprit que seuls 41% des Palestiniens ont voté pour le Hamas. Si le Hamas a la majorité au parlement, ce n’est qu’à cause d’un système électoral déformant.

Au lieu d’humilier sans cesse Mahmoud Abbas et d’autres Palestiniens modérés, Israël ferait mieux d’annoncer qu’il ne reconnaît que la fonction présidentielle de l’Autorité palestinienne (Abbas a été élu avec 62% des voix), et qu’il ne reconnaît pas le gouvernement Hamas.

Même si ces négociations avec le cabinet du Président ne devaient produire qu’un projet d’accord, il signifierait une percée par une "route de contournement" qui éviterait le Hamas et pourrait conduire le camp modéré palestinien à la victoire. Dans cette perspective, la proposition du Meretz est la seule réponse possible au "il n’y a personne à qui parler" d’Olmert et de Netanyahou.

Les autres options

Israël dispose d’une autre voie pour contourner le Hamas : négocier avec les Etats arabes pour parvenir à une solution globale de tous les éléments du conflit, sur la base de la proposition de la Ligue arabe de 2003 (dite "initiative saoudienne").

Cette proposition prévoit qu’Israël jouirait d’une reconnaissance diplomatique pleine et entière, de traités de paix et de liens économiques avec le monde arabe tout entier en échange d’un retrait sur les frontières de 1967 et d’une solution pour les réfugiés de 1948 qui soit acceptable pour les deux côtés.

Nul ne s’attend à ce qu’Israël signe un pareil accord. Mais nous ferions bien, avant de nous enterrer dans la position du "il n’y a personne à qui parler", d’entamer des négociations avec les Etats arabes sur la base de cette proposition.

Nous devons nous rappeler que les Etats arabes ont, eux aussi, beaucoup à craindre de la victoire du Hamas, et qu’ils ont de bonnes raisons de rechercher, comme nous, un chemin qui mène vers la paix, ce qui ferait rentrer le génie du Hamas dans sa bouteille.

Si Israël se montre capable de parvenir à un pareil accord avec le monde arabe, il est quasiment certain que les Palestiniens l’approuveraient par référendum national, sous la pression des Etats arabes.

Un retour en arrière de 30 ans

Olmert et Netanyahou sont prisonniers de l’expression "il n’y a personne à qui parler" et de sa cousine "il n’y a rien à négocier". Expressions de ceux qui sont sûrs de leur bon droit. Expressions qui nous ramènent 30 ans en arrière.

Contrairement à la position humiliante de Netanyahou et d’Olmert, la position du Meretz est réaliste : elle exige que nous ouvrions les yeux et que nous voyions les possibilités de dialogue qui existent avec les Palestiniens modérés et avec le monde arabe.

La vérité est que ces éléments modérés sont nos partenaires naturels dans le combat contre l’extrémisme du Hamas et du Jihad islamique.

Quid du Parti travailliste ? Là aussi, il y a un certain nombre de modérés qui ont les yeux ouverts sur la réalité. Mais, comme d’habitude, le Parti travailliste compte d’autres membres dont les positions sur le plan diplomatique sont proches de la mentalité de "bunker" d’Olmert et de Netanyahou.

Je préfère donner ma voix au sixième candidat sur la liste du Meretz, qui d’ailleurs est une candidate, Tsvia Grinfeld [1], et dont les positions sur les problèmes qui m’importent sont claires, plutôt que prendre le risque d’élire le n° 18 ou 21 sur la liste travailliste, dont je ne connais pas bien les positions et dont il est difficile de prévoir comment il se comportera à l’occasion de votes cruciaux à la Knesset. [2]

 

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