Adieu à Ron Pundak

par David Chemla

Également sur notre site, deux articles de Ron Pundak parus dans la presse israélienne et traduits par Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant :

“Genève : le lire avant de le critiquer”, mis en ligne le 28/12/2003 : http://www.lapaixmaintenant.org/Gen...

“Recherchons tierce partie désespérément”, mis en ligne le 3/11/2006 : http://www.lapaixmaintenant.org/Rec...

« Il y a des héros de guerre et Ron était un héros de la paix [...], un sioniste qui croyait en la paix et y a consacré tous ses efforts jusqu’à ses derniers jours », à déclaré Tzippi Livni [1] à l’annonce de la mort de Ron Pundak ce vendredi 11 avril.

Comme le rapporte Jack Khoury dans le quotidien Ha’Aretz [2], des personnalités palestiniennes ont elles aussi fait part de leurs regrets à l’annonce de la disparition de cet acteur majeur des accords d’Oslo, militant de premier plan de la solution “Deux peuples, deux États”. Pour Nabil Sha’ath [3], « Pundak nous a quittés dans un moment où nous avons grand besoin de lui ».

Rappelons que La Paix Maintenant l’avait reçu, en compagnie de Saman Khoury avec lequel il dirigeait le Forum des ONG pour la paix, lors d’une rencontre exceptionnelle organisée pour nos adhérents à l’occasion de l’un de leurs passages à Paris, en novembre 2012.

Ron Pundak, l’architecte des accords d’Oslo, est décédé ce matin après avoir mené un combat pendant des années contre un cancer qui, malheureusement, a fini par l’emporter. Ron a affronté sa maladie discrètement et courageusement tout en consacrant ses forces jusqu’à la dernière minute à la cause de la paix.

Je l’avais rencontré pour la première fois en 2004, lorsque je l’avais interviewé comme un des bâtisseurs de paix qui ont changé l’Histoire. Il m’avait expliqué son parcours, qui l’avait conduit à devenir, avec Yaïr Hirsheld, l’artisan de cet accord qui a été, malgré toutes ses imperfections 20 ans après, un tournant dans les relations israélo-palestiniennes.

Ron avait poursuivi son engagement en étant l’un des promoteurs de l’Initiative de Genève qui reste, jusqu’aujourd’hui, la référence la plus aboutie d’une solution au conflit.

Directeur pendant une dizaine d’années du Centre Shimon Peres, il a su mettre en œuvre de nombreux projets qui ont contribué à rapprocher les deux populations.

Depuis il était, avec Saman Khoury, le co-directeur du Forum des ONG pour la paix qui a réussi à rapprocher et faire travailler ensemble une cinquantaine d’organisations israéliennes et palestiniennes.

J’ai rencontré cet après-midi à Jérusalem Saman, qui était bouleversé d’avoir perdu son partenaire dans ce combat pour la paix.

Par sa clairvoyance et son intelligence, Ron a toujours su, même dans les moments de désespoir, proposer des solutions et insuffler une dynamique à un processus qui, sans des précurseurs comme lui, aurait depuis longtemps été un échec.

Par sa gentillesse et sa disponibilité, il a toujours été présent et à l’écoute de tous ceux qui, nombreux, le sollicitaient.

J’étais présent hier soir à une réunion des ONG pour la paix à Tel-Aviv. Naphtali Raz, l’organisateur de la réunion, m’a dit avoir passé près d’une heure ensuite à échanger des SMS avec Ron pour le tenir informé ; et Ron, avec l’aide de sa fille, lui répondait. Ces SMS nous sont adressés et resteront comme son testament, un appel à continuer à nous mobiliser et à ne pas perdre espoir.

Ron va nous manquer, mais nous lui devons de continuer son combat, qui est le nôtre, pour qu’enfin la raison l’emporte sur les passions et les peurs dans cette région.

NOTES

[1] Ministre israélienne de la Justice en charge des actuels pourparlers avec les Palestiniens.

[2] Ha’Aretz du dimanche 13 avril 2014.

[3] Ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne d’avril 2003 à février 2005, et l’un des principaux négociateurs palestiniens.