Abbas veut un référendum sur un Etat palestinien dans les frontières de 1967

Thème : Politique et société palestiniennes

Ha’aretz
mis en ligne le 25 mai 2006
par Arnon Regular

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Ha’aretz, 25 mai 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a déclaré ce jeudi qu’il organiserait un référendum national sur la base d’un document qui appellerait à un Etat palestinien dans les frontières de 1967, si le Hamas ne répondait pas favorablement à sa proposition dans un délai de 10 jours.

La question posée aux Palestiniens serait : acceptez-vous, ou non, le document élaboré au début du mois par des dirigeants palestiniens détenus en Israël [1] ? Ce document appelle à un Etat palestinien en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et à Jérusalem Est, territoires conquis par Israël à l’occasion de la guerre de 1967. Le document a été négocié pendant quatre semaines par d’importants prisonniers appartenant au Hamas et au Fatah dans la prison israélienne de Hadarim, où se trouve actuellement en détention le dirigeant du Fatah Marwan Barghouti.

Abbas a déclaré jeudi lors d’une réunion de dirigeants palestiniens qu’il existe un consensus national sur les frontières du futur Etat palestinien : "Tous les Palestiniens, du Hamas jusqu’aux communistes, nous tous voulons un Etat palestinien dans les frontières de 1967. Voilà ce qui est à notre portée, ne parlons pas de nos rêves." Il a précisé que si 10 jours de dialogue entre le Hamas et le Fatah (dialogue qui a commencé jeudi) ne débouchaient pas sur un programme commun, il organiserait un référendum dans les 40 jours qui suivraient.

Interrogé sur le soutien dont auraient besoin les Palestiniens pour créer leur Etat indépendant, Abbas a dit : "Les Etats arabes attendent que nous adoptions cette attitude de réalisme, pour pouvoir travailler en harmonie et faire avancer la cause palestinienne. Ils ne peuvent rien faire pour la cause palestinienne si les Palestiniens s’opposent à tout."

Les pourparlers [qui ont débouché sur le document qui constituerait la base du référendum] ont eu lieu dans une aile réservée à 120 Palestiniens détenus pour raisons de sécurité, a déclaré l’avocat de Barghouti, Khader Shkirat. Après que les dirigeants politiques des partis eurent donné leur accord, Barghouti a rédigé un projet, amendé au cours des négociations. De nombreuses sessions se sont tenues dans la cour de la prison.

Le Hamas est attaché à la destruction d’Israël, et a repoussé les exigences de la communauté internationale qui lui demandent de reconnaître Israël et de renoncer à la violence. Depuis son accession au pouvoir, le mouvement islamiste semble avoir assoupli sa position, mais il a refusé, jusqu’à présent, de renoncer à sa revendication s’un Etat islamique sur toute la Palestine historique, qui comprend Israël.

Il n’est pas certain que Mahmoud Abbas ait tenu le Hamas informé avant son annonce sur le référendum. Certains représentants du Hamas disent avoir été pris par surprise, mais affirment soutenir l’idée. S’adressant aux journalistes après son discours, Abbas a déclaré qu’il ne considérait pas sa proposition comme un jeu qui consisterait à déterminer jusqu’où il est possible d’aller, mais qu’un consensus national était urgent et nécessaire : "La situation devient dangereuse. La nation tout entière est en danger. Nous ne pouvons pas attendre pour le restant de nos jours". Parlant de l’opposition croissante entre le Fatah et le Hamas, Abbas a dit que les tensions internes mettaient en danger les aspirations du peuple : "Tout le monde ressent le danger de cette crise. Notre projet national est en danger."

Ismail Haniyeh en appelle à l’unité

A l’entame des deux jours de dialogue, le premier ministre de l’Autorité palestinienne, Ismail Haniyeh (Hamas) a lui aussi dit que les parties devaient travailler à l’élaboration d’un programme commun palestinien. S’exprimant par vidéoconférence depuis Gaza, Haniyeh a dit aux délégués réunis à Ramallah : "Nous sommes très proches d’un accord sur notre vision politique, mais nous devons renforcer l’unité nationale. Nous affirmons notre volonté d’unifier nos positions politiques, car cela nous apportera la confiance de notre peuple."

"Ce dialogue national se concentrera sur la perspective d’un accord politique, par l’adoption d’une position pragmatique, afin qu’il y ait une base pour réaliser l’union nationale", a pour sa part affirmé Yasser Abed Rabbo (Fatah) avant la rencontre.

Certains représentants du Hamas disent craindre que ce dialogue soit utilisé par certaines factions pour réclamer la démission du gouvernement, pour cause d’échec à diriger l’Autorité palestinienne de manière efficace. "Si le but de ce dialogue est de montrer que le gouvernement a échoué dans ses tâches et qu’il doit accepter une formule politique qui sous-entende des compromis, alors ce dialogue échouera", a déclaré Khalil Abou Laïla, un dirigeant du Hamas à Gaza.

Azzam al-Ahmad, leader du groupe parlementaire du Fatah, a dit qu’un accord était improbable. "Je n’en attends pas de résultats concrets, en particulier à cause du fossé politique qui sépare le Hamas du Fatah. Si le Hamas insiste pour rester sur ses positions rigides et poursuit sa politique de monopolisation du pouvoir, la crise ne fera qu’empirer", a-t-il dit.

Les parties seraient parvenues à un accord verbal avant les pourparlers

De source palestinienne, le Fatah et le Hamas seraient parvenus à un accord verbal en amont des pourparlers pour ce qui concerne la répartition des pouvoirs au gouvernement et les négociations avec Israël. Le quotidien de Londres Al Hayat al-Jadida rapporte que le Hamas aurait accepté qu’Abbas mène des négociations avec Israël sur la base des positions de l’OLP. Tout accord auquel Abbas parviendrait avec Israël devrait être approuvé par référendum.

Le Hamas et le Fatah se seraient également mis d’accord pour l’administration des finances de l’Autorité palestinienne soit confiée à Mahmoud Abbas, pour permettre à la communauté internationale de faire parvenir son aide humanitaire aux Palestiniens. Les Etats-Unis et l’Europe ont stoppé leur aide humanitaire, par crainte que les fonds soient utilisés par le Hamas pour des activités terroristes.

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D’autres sources palestiniennes ont affirmé avant le sommet que les différences entre les parties demeuraient très importantes, à la fois sur le plan des principes politiques qu’à propos du partage des pouvoirs au sein de l’Autorité palestinienne. Malgré les pourparlers, les heurts entre partisans du Hamas et du Fatah ont continué jeudi à Gaza. Hier, un militant du Hamas et un haut officier du service de sécurité préventive de l’Autorité palestinienne [contrôlé par le Fatah] ont été tués à Gaza.