A. B. Yehoshoua appelle à soutenir La Paix Maintenant partout dans le monde

par Avraham B. Yehoshoua

Lettre adressée par l’écrivain A. B. Yehoshoua aux amis, adhérents et soutiens de La Paix Maintenant dans le monde]

Traduction : Isabelle Maro pour La Paix Maintenant

Chers amis,

Le message ne pourrait être plus clair : l’anarchie qui régnait au sein de la société palestinienne en Cisjordanie a considérablement diminué cette année. Les forces de sécurité ont mené des opérations « coup de balai » visant les structures terroristes et le Hamas est devenu quasiment invisible . L’ordre a été restauré au sein de la population palestinienne de Cisjordanie.

Ce n’est pas l’armée israélienne qui mène cette tâche à bien, mais les forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne. Dirigée par son pragmatique premier ministre, Salam Fayyad, et son président, Mahmoud Abbas, l’AP lutte contre les groupes terroristes et travaille de pied ferme à la création d’institutions palestiniennes efficaces et débarrassées de la corruption.

Dans le même temps, une atmosphère de violence continue de se développer en Cisjordanie. En septembre, un cocktail Molotov a été lancé sur des soldats israéliens, mais pas par des terroristes palestiniens, non, ce sont des colons qui sont à l’origine de cet acte.

C’était la première fois que des colons , dont certains voient aujourd’hui le gouvernement israélien comme un ennemi, attaquaient des soldats israéliens à l’explosif. La violence des colons est présente à chaque fois que l’armée israélienne tente de démanteler un avant-poste illégal.

Ces deux images : l’AP luttant contre le terrorisme d’une part, et les colons de Cisjordanie bafouant les autorités israéliennes d’autre part, illustrent parfaitement le contraste des dynamiques à l’œuvre en Cisjordanie à l’heure actuelle. Qu’est-ce que cela signifie quant à l’avenir d’Israël et à un espoir de paix ?

Cela fait bien longtemps que mes amis et moi avons initié « La Paix Maintenant » en 1978.

On pourrait penser que nos idées et les vôtres ont gagné l’ensemble de la sphère politique israélienne. Même benjamin Netanyahu, l’un des plus fervents opposants à l’idée de diviser la terre d’Israël pour créer deux états, a déclaré récemment qu’il acceptait l’existence d’un état palestinien démilitarisé aux côtés d’Israël. Mais ce faisant, Nétanyahou n’a fait qu’emboîter le pas à d’autres premiers ministres israéliens issus de la droite comme Ariel Sharon ou Ehoud Olmert qui ne se sont opposés à la création d’un État palestinien que pour pouvoir mieux changer d’avis ensuite. Ne nous laissons pas abuser. En dépit de ces déclarations, le chemin qui reste à parcourir pour parvenir concrètement à la création d’un Etat palestinien est encore long. En réalité, celui qui mène de facto, à l’avènement d’un État binational en Israël (Un État pour Deux Peuples), est bien plus court.

Dans les frontières mêmes d’Israël, on compte environ 1,5 million de Palestiniens-Israéliens. Quelque 200 000 Palestiniens non citoyens vivent à Jérusalem Est et sa région dans des territoires annexés par Israël lors de la guerre de 1967. Si on y ajoute les 3,5 millions d’habitants d Cisjordanie et de Gaza, cet État binational de facto serait composé de 55% de Juifs et 45% de Palestiniens. Au vu des taux de natalité, très différents d’une société à l’autre, ce ratio risque fort de s’inverser en faveur d’une majorité palestinienne d’ici très peu de temps. Et l’Etat juif, que D. nous en préserve, disparaîtra.

En ne faisant rien, nous nous dirigeons à très court terme vers un avenir horrible : Israël devient un Etat d’apartheid où la majorité de la population est palestinienne. Et selon un schéma misérablement et violemment tracé par les États multinationaux du siècle dernier, comme la Yougoslavie, cet Etat binational en Israël serait très probablement en proie à des violences incessantes entre deux peuples si différents l’un de l’autre.

Un État binational , c’est la certitude éprouvée d’engendrer un monstre politique.

Les Juifs n’auraient que deux solutions : pratiquer la discrimination envers les Palestiniens ou quitter peu à peu leur patrie et faire ce qu’ils ont toujours fait dans le passé : garder leur identité au sein d’autres peuples, loin de la terre de leurs ancêtres.

Ce n’est pas un fantasme. Certains Palestiniens ont d’ores et déjà renoncé à l’idée d’avoir leur propre état et revendiquent l’égalité de droits au sein d’un Etat binational.

Pour mettre fin à ce processus dangereux, il faut prendre deux mesures immédiates : geler l’expansion des colonies en Cisjordanie et démanteler les avant-postes qui ont été construits ces dernières années. C’est possible. Cela a été accompli à Gaza en 2005 et dans la péninsule du Sinaï après la signature du traité de paix israélo-égyptien.

Démanteler des avant-postes et geler l’expansion des colonies, voire commencer à démanteler quelques colonies, ce qui serait un acte fort, ne signifie ni le retrait de l’armée israélienne, ni l’abandon des colons. La force armée israélienne doit continuer à maintenir la sécurité jusqu’à la signature d’un accord de paix Mais dans le même temps nous devons mettre fin à ce processus absurde et coûteux qui consiste à nous immiscer de façon inextricable dans le tissu social d’un autre peuple.

Geler la colonisation en Cisjordanie n’est pas un geste que nous ferions pour l’administration américaine ou les Palestiniens. Il y va de notre avenir même et de notre identité israélienne qui s’érode tandis que nous nous dirigeons vers les abysses du bi-nationalisme. Nous devons le faire même si nous doutons de la capacité de nos deux peuples à trouver un accord de paix garantissant la sécurité.

Voilà mes préoccupations concernant l’avenir. Mais je m’inquiète pas en silence. J’écris et je m’exprime haut et fort pour condamner les graves erreurs que nous commettons. Et j’encourage chacun d’entre vous à vous engager activement avec La Paix Maintenant.

Shalom Akhshav en Israël et ses mouvements frères dans le monde ont ouvert la voie du combat contre la colonisation et mènent depuis des années des campagnes publiques pour s’y opposer. C’est en partie grâce au travail de la Paix Maintenant (et grâce aussi à votre soutien) que l’opinion publique israélienne et de façon plus générale celle des communautés juives dans le monde, portent aujourd’hui un regard critique sur la colonisation.

Il ne peut y avoir aujourd’hui de débat public autour de la guerre au Moyen-Orient sans que soient clairement énoncés les principes de La Paix Maintenant.

Il ne peut y avoir de prises de décisions concernant Israël (dans les campus des universités ou au Congrès des Etats-Unis) sans que La Paix Maintenant y soit impliqué.

Il ne peut y avoir une seule maison construite illégalement dans une colonie de Cisjordanie sans que La Paix Maintenant le rapporte de façon documentée et attire l’attention sur les répercussions nocives de tels actes.

Et pendant que La Paix Maintenant en Israël enquête sur les constructions illégales et s’y oppose devant les tribunaux, ses mouvements frères lui procurent les fonds nécessaires. En fait, Americans for Peace Now en particulier finance La Paix Maintenant Israël dans une proportion de 60 à 90% .

La Paix Maintenant, en Israël et dans le monde, est engagée dans l’accomplissement de nos objectifs. Ils s’y attèlent de façon rationnelle, civile et dans le respect de la loi.

C’est par voie de justice que la Paix Maintenant a pu obtenir que le gouvernement israélien s’engage à démanteler la colonie de Migron construite sur des terres palestiniennes.

Dans les manifestations publiques, La Paix Maintenant réussit à mobiliser des Israéliens qui appellent au gel de la colonisation, non pas à cause de quelconques pressions diplomatiques mais dans l’intérêt même d’Israël.

Au niveau du gouvernement des Etats-Unis, Americans for Peace Now a réussi à mobiliser des forces qui ont conduit à l’envoi d’une lettre signée du Congrès au Président américain lui demandant d’œuvrer en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza.

Dans les médias. lorsque Newsweek magazine a voulu, dans son numéro du 21 septembre dernier, s’attacher au sujet polémique de la colonisation, c’est vers La Paix Maintenant que le journal s’est tourné.

Les sites Internet de La Paix Maintenant et de ses mouvements frères couvrent les évènements en temps réel et pourvoient des analyses et des informations qui peuvent vous aider à mieux comprendre et à discuter de la situation.

La Paix Maintenant est le plus important mouvement populaire qui ait pour objectif majeur « la solution à deux États » en ayant toujours à l’esprit la sécurité d’Israël. En fait, si l’expression « solution à deux Etats » est maintenant très largement utilisée partout, c’est en grande partie grâce au travail effectué par La Paix Maintenant, en Israël , dans le monde, et donc grâce à vous.

Lorsque les opposants de droite jettent un œil vers les Palestiniens, ils ne voient que Yasser Arafat. Ils regardent les colonies et n’y voient que l’exercice du droit des Juifs dans leur mère patrie. A ceux-là, je dis : « Ouvrez les yeux. Avant qu’il ne soit trop tard ». La colonisation n’est pas la mise en oeuvre d’un sionisme pionnier. Au contraire, c’est une menace pour le sionisme.

Israël a su accomplir des choses miraculeuses, héroïques. Je les ai vues advenir tout au long de ma vie. Il est impossible qu’un pays si héroïque ne puisse trouver le chemin de la paix.

Continuez s’il vous plait à soutenir financièrement La Paix Maintenant !

Shalom,

A.B. Yehoshoua

P.S. : Je regarde mon pays, prospère et merveilleux, celui que ma génération a construit et défendu sa vie durant. Et je suis très inquiet pour son avenir, pour son existence même en tant que démocratie juive. Pour préserver l’avenir d’Israël, pour un Etat juif que nous pourrons tous continuer à aimer et dont nous pourrons être fiers, il est temps de soutenir La Paix Maintenant.

 

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